
Par Raymonde Le Texier, Sénatrice du Val d'Oise, Conseillère générale de Villiers-le-Bel
Texte de la question au gouvernement présentée au Sénat le jeudi 26 janvier 2006 :
Monsieur le Premier Ministre,
Le marché du travail est friand de sigles, certains, hélas, nous sont de plus en plus familiers : ANPE, ASSEDIC, d’autres au contraire se raréfient : CDI, par exemple. De nouveaux apparaissent, dont vous avez la paternité, CNE hier, CPE aujourd’hui.
De ces nouveaux venus, nous n’avons pas la même lecture. Probablement parce que nous n’avons pas les mêmes valeurs.
Le CNE, Contrat Nouvelle Embauche, loin de donner une nouvelle impulsion au marché du travail, se borne à changer des contrats stables en emplois précaires.
Aujourd’hui, avec le CPE vous franchissez une nouvelle étape. Ce Contrat Première Embauche n’est en réalité qu’une Course à la Précarité de l’Emploi. Il est à l’avenir ce que le marché noir est à l’économie : un constat de pénurie et l’exploitation du manque.
Chacun des termes de la proposition que vous faites ainsi à notre jeunesse est un chef d’œuvre de cynisme et un aveu de mépris. En généralisant l’emploi jetable c’est la formation des jeunes diplômés que vous dévalorisez, sans pour autant apporter de réponse aux milliers de jeunes, qui sortent sans qualification du système scolaire.
Enfin, le terme même de contrat suppose garantie et réciprocité. Le vôtre ne propose qu’arbitraire et inégalité. C’est ainsi que nos enfants seront corvéables et révocables à merci, tandis que leurs patrons bénéficieront immédiatement d’avantages financiers, sans qu’aucunes contreparties ne leur soient demandées.
Quel bel exemple de justice et de solidarité la société que vous construisez est en train d’offrir à notre jeunesse !
Depuis trois ans la situation de l’emploi s’est tellement dégradée, qu’avec le CPE vous osez faire passer pour un progrès ce qui n’est qu’une régression sociale. Quand un gouvernement laisse ainsi le chômage gangrener la société sans apporter d’autres réponses que la précarité, c’est la citoyenneté qu’on ampute, l’égoïsme qu’on installe et la violence qu’on engendre.
Alors que votre politique est incapable de créer de l’emploi, oserez vous faire des jeunes les otages du présent, en ne leur proposant que l’incertain en guise d’avenir ? Monsieur le Premier Ministre, n’avez-vous à proposer à nos enfants que le choix entre le renoncement et la soumission, entre le chômage et la précarité ? Faute de vision pour le pays, n’avez-vous comme projet que la destruction de notre modèle social ?




e défenseur des pauvres tient à être parmi les députés cet après-midi pour la reprise des débats sur le projet de loi Engagement national pour le logement. A 93 ans, l'abbé Pierre menaçait, hier, avec humour : «Surtout n'écrivez pas que vous avez trouvé l'abbé Pierre en pleine forme parce que j'ai une voix sonnante et qui porte. Les gens ne savent pas qu'après chaque effort je vais me reposer dans mon lit.»

